Monument de la Bataille de Tourcoing

Bataille de Tourcoing - Monument commémoratif, rue Jean Millet, Tourcoing.

  • Face au 11 Avenue Jean Millet, Tourcoing.
  • Quartier Belencontre Fin de la Guerre.

Ce monument érigé en 1863 commémore la Bataille de Tourcoing de 1794 durant laquelle la très jeune République Française, menacée au Nord par une coalition regroupant Britanniques, Autrichiens, Hollandais, Hanovriens, et Prussiens, aurait pu être renverser dès sa naissance si le Général Souham et le Maréchal Mac Donald ne l'avaient pas conduite à la victoire.



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Bataille de France importante donc, mais l'historien anglais Hillare Belloc ouvre une perspective historique plus panoramique encore quand il considère cette victoire à Tourcoing comme « une phase fondamentale dans le développement des forces politiques qui menèrent à l'établissement du monde moderne. ».

Cette bataille décisive en tout cas pour notre République naissante - elle aurait pu être tuée dans l'oeuf - vaut d'ailleurs à Tourcoing d'être mentionnée sur le pilier Nord de l'Arc de Triomphe de Paris :

Bataille de Tourcoing - Arc de Triomphe, Paris


Jean Christophe (pseudonyme de Jean Odoux) : « Rue du Général Souham (1760-1837). C'est à lui [ce Général Souham] que revient en bonne partie le mérite de la victoire remportée par nos armes à Tourcoing le 18 mai 1794. Dans la nuit du 17 au 18, comme le général en chef était absent, Souham, qui devinait par le mouvement des troupes les desseins des coalisés, prit toutes les décisions. Pendant la journée il réussit à empêcher la jonction des Autrichiens et des Anglais qui aurait abouti à un désastre et à l'envahissement du pays. Nos 64000 Français eurent raison des 78000 Coalisés. Grâce à cette victoire le nom de Tourcoing est gravé sous l'arc de Triomphe. » (Si les rues de Tourcoing m'étaient contées, Frère 1972, pages 32-33)
  • NB : Il existe à Las Vegas une réplique exacte de l'Arc de Triomphe au sein du Complexe hôtel casino "Paris Las Vegas", réplique aux 2 tiers de sa taille réelle. Et puisqu'elle indique également les différentes batailles des différents piliers, la mention de Tourcoing existe donc à Las Vegas, la plus grande ville du Nevada aux USA.


D'autres sources historiques rapportent que les contingents en présence étaient plus équilibrés que ne le dit Jean Christophe ci-dessus, considérables malgré tout : un peu moins de 80 000 soldats français contre un peu plus de 80 000 adversaires. Mais les forces françaises ne sont constituées qu'à 1 tiers de soldats de métier tandis que les coalisés ennemis ne comptent que des soldats professionnels. Ce sont pourtant les français qui l'emporteront.

Bataille de Tourcoing, d'après tableau de Jollivet, Musée de Versailles
Le champ de bataille, d'après un tableau de Jollivet au Musée de Versailles
Archives municipales de Tourcoing - Cote 18-Fi-24

D'après le peintre militaire Paul Émile Boutigny (salle du Conseil Municipal de Tourcoing)
Archives municipales de Tourcoing - Cote 18-Fi-23

En effet, à la Mairie, cette fresque murale recouvre l'un des mûrs de la Salle du Conseil :

Mairie de Tourcoing - Peinture Bataille de Tourcoing.


Toujours cette fresque, en carte postale ancienne, cette fois :




Les coalisés déposent les armes :

Carte postale ancienne - Bataille de Tourcoing, Boutigny.
Le colonel du Landgrave de Hesse remet son épée au général Souham.



Victoire par la ruelle des Madrilles de Tourcoing

Il existait une petite ruelle donnant sur la Grand Place de Tourcoing depuis l'actuelle rue de Wailly. C'est en empruntant ce passage étroit que les soldats français purent déboucher sur la Grand Place pour y défaire les Autrichiens occupant la ville. L'existence de cette ruelle a donc eu un impact décisif sur l'issue des combats.




Érection du Monument en 1863

64 ans après la bataille, le Conseil Municipal de Tourcoing décide, en 1858, d'élever un monument commémorant cette bataille décisive pour la France. 5 ans plus tard, le 18 août 1863, les travaux débutent. La première pierre est posée par le préfet du Nord :

Monument de la Bataille de Tourcoing - Début des travaux en 1863.


Dans le journal La Croix du Nord du dimanche 18 août 1963, Jean Christophe signe un article relatant l'événement :

Jean Christophe, article construction Monument de la Bataille de Tourcoing.
Archives municipales de Tourcoing - Cote M1K1


Retranscription de l'article :
Jean Christophe : « Il y a cent ans, le préfet posait la première pierre du monument de la bataille de Tourcoing. Nos tourquennois en fête d'il y a cent ans ne se décident pas à ranger leurs beaux habits ni leurs drapeaux. Le dimanche 15 août, on inaugure les Eaux de la Lys, le mardi 18, c'est le tour de la première pierre du monument de la Bataille de Tourcoing. Le Préfet, M. Vallon, en costume brodé d'or et chapeau à plumes, arrive au rond-point de la rue Impériale (aujourd'hui rue Nationale). La foule s'écarte. Les autorités font cercle autour de lui. Des soldats présentent les armes. La Musique municipale et les Orphéonistes jouent des airs militaires. Près de la première pierre que le Préfet va poser, on a rassemblé des fusils et des boulets de 1794, retrouvés un peu partout dans Tourcoing. Par malheur, le Maire, M. Roussel-Défontaines, est malade au lit. Son adjoint, M. Jules Leblanc, présente au préfet la truelle d'honneur. M. le Préfet jette un peu de mortier sur la pierre. Le Maire de Roubaix en jette autant, puis M. Lestiboudoix, conseiller d'État et M. Menche de Loisne, l'ingénieur des Eaux de la Lys. La pierre posée, cimentée, scellée, M. Jules Leblanc prend la parole. Dans le style de l'époque, qui va de pair avec les habits de cérémonie de ces messieurs, M. Jules Leblanc déclare : "La Bataille de Tourcoing peut être classée au rang des grandes actions que l'histoire enregistre ; elle est inscrite en lettres d'or sur le majestueux catalogue de nos victoires : l'Arc de Triomphe de l'Étoile...". Après le discours, les musiques s'en donnent à coeur joie. Pour finir, on chante tous ensemble une cantate écrite toujours dans le même style de cérémonie : Pour nous, enfants de cette race antique, les exemples fameux nous montrent le chemin, et de Tourcoing, la défense héroïque est gravée en nos coeurs autant que sur l'airain... Là-dessus, on se retrouve dans un banquet à l'hôtel de ville. Après le dessert, M. le Préfet va jusqu'au lit de M. Roussel-Défontaines. Il lui remet un ruban rouge de la Légion d'honneur. Tout cela est bel et bien, mais le Conseil municipal compte sur l'État pour l'aider à réaliser le monument. L'État, à part les discours et le ruban rouge, ne donnera rien du tout. On se contenta du monument que nous connaissons. Il y a peu de temps, en 1958, on avait décidé de le supprimer pour ouvrir la route Tourcoing-Halluin. Faute d'argent, on le laissera sur place. Ainsi va la gloire. Pourtant, ce n'est pas une petite affaire de sauver le Pays, à 48.000 Français contre 65.000 ennemis. En dépit de tout, le monument de la Bataille de Tourcoing, inauguré il y a cent ans, simple et solitaire, rappellera en passant, que 10.000 braves sont tombés ici, dans la journée du 18 mai 1794. » (La Croix du Nord du dimanche 18 août 1963 - Archives municipales de Tourcoing, cote document M1K1)



Le voici donc, ce monument simple et solitaire selon les mots de Jean Christophe.
Il s'agit d'un obélisque posé sur un terre-plein,
au centre de l'actuelle av. Jean Millet,
à côté du Parc Clemenceau.
Vue de face,
en 2019 :

Bataille de Tourcoing - Monument rue Jean Millet, Tourcoing.


et le voici vu de dos :

Bataille de Tourcoing de 1794 -Monument commémoratif, Avenue Millet, Tourcoing.




Commémorations du 14 juillet 2015 auprès du monument :

© ville de Tourcoing 2015

Cliquez sur l'illustration ci-dessous pour voir la vidéo sur YouTube :



Avant que l'avenue Millet ne traverse le parc Clemenceau, le monument s'élevait parmi les arbres :

Carte postale ancienne - date probable : 1926
Archives municipales de Tourcoing - Cote 14Ph141



Projet de monument rejeté

Le simple obélisque que nous connaissons aurait pu être différent.
Voici l'esquisse d'un projet préalable, rejeté :

Monument de la Bataille de Tourcoing - Projet rejeté.

Projet Monument rejeté, (détail) - Bataille de Tourcoing.
Archives municipales de Tourcoing - Cote M1K1 (détail)

Gros plan sur le cachet de rejet du projet.
Projet rejeté dans la Séance du 7 janvier 1860
par le Conseil Général des Bâtiments Civils du Ministère d'État :


Jean Christophe : « Le maire de Tourcoing comptait sur l'État pour réaliser un très beau projet de monument. Bien naïf, notre maire de ce temps-là, M. Roussel-Défontaine. Le ministère se contenta de promesses, de lettres bien tournées et d'un ruban de la Légion d'Honneur au revers du costume de M. le maire. Mais d'argent point. La municipalité dut se résigner au monument que nous connaissons. » (Jean Christophe, Si les rues de Tourcoing m'étaient contées, Frère 1972, page 54)


Abattage du monument ?...

Par deux fois, Jean Christophe répète que ce monument a failli disparaître en 1958 : 1°) dans son ouvrage précité, et 2°) dans son article publié dans La Croix du Nord :
« On décida de le supprimer en 1958 pour ouvrir la route Tourcoing-Halluin. Faute de crédit, on le laissa sur place. » (Ibid., page 54)
« Il y a peu de temps, en 1958, on avait décidé de le supprimer pour ouvrir la route Tourcoing-Halluin. Faute d'argent, on le laissera sur place. » (L'article retranscrit ci-dessus)


Centenaire de la bataille

Bien avant de songer à déconstruire ce monument, et pour commémorer le centenaire de cette bataille, la commune de Tourcoing organise pourtant en mai 1894 une longue suite de festivités se déroulant sur près d'une semaine au cours de laquelle toute « la Ville sera brillamment illuminée » indique le maire de l'époque, Victor Hassebroucq.


Bataille de Tourcoing 1794 - Fêtes du Centenaire


En voici l'affiche d'époque :



Zoom sur le champ de bataille :

Affiche du Centenaire de la Bataille de Tourcoing (détail)
Source Gallica.bnf.fr / BnF


Gros plan sur le bas de l'affiche, indiquant les grandes lignes du programme des fêtes :

Détail du programme des festivités - Affiche Centenaire de la Bataille de Tourcoing.


La semaine commémorative débute par un moment d'érudition : vendredi 18 mai 1894, à 8 heures et demie du soir, dans la Salle du Square Leverrier, on assistera à une Conférence sur la Bataille de Tourcoing, dont le contenu sera publié la même année en une brochure rédigée par Albert Merchier, professeur d'histoire géographie au Lycée de Lille.

Cette brochure est disponible en consultation sur place à la médiathèque Malraux et aux archives municipales de Tourcoing. Sa couverture est en bien mauvais état. Nous en avons cependant restauré la partie signifiante :

Archives municipales de Tourcoing - Cote M1K1


Dès le lendemain, samedi 19 mai, ce sont les festivités à proprement parler qui commencent. Il existe un petit fascicule, toujours aux archives, qu'on pouvait se procurer à l'époque pour connaître dans le détail le programme des festivités organisées sur la semaine. Le voici déplié pour en voir la couverture et le plat verso présentant le monument :


Feuilletons-en quelques pages pour avoir une idée de la densité programmatique :

Programme Fêtes du Centenaire de la Bataille de Tourcoing de 1794

Centenaire Bataille de Tourcoing - Pièces de Jules Watteeuw.

Archives municipales de Tourcoing - Cote M1K1


Le dimanche 20 mai : Cortège du Centenaire (reconstitution des troupes à pied).
Soldats fantassins tels qu'en 1794 :

Paru dans l'album souvenir du centenaire de la bataille de Tourcoing 1794-1894
Archives municipales de Tourcoing - Cote 16Ph23 (détail, avant-plan)
Don aux archives de Émile Gillioen


Derrière les fantassins, les tourquennois eux aussi en habits d'époque pour cette grande occasion :

Centenaire de la Bataille de Tourcoing de 1794 - Les Tourquennois.
Archives municipales de Tourcoing - Cote 16Ph23 (détail, arrière-plan)



Participation de Jules Watteeuw

Le poète patoisant local Jules Watteeuw, alors âgé de 45 ans, était de la fête. Doublement : en tant qu'animateur (des pièces inédites de ses pasquilles sont jouées par les confrères du Vert-Baudet : voir pages 10 et 11 ci-dessus) et en tant qu'organisateur comme le montre ci-dessous le bas de la page 4 du livret :

Centenaire Bataille de Tourcoing - Jules Watteeuw
Archives municipales de Tourcoing - Cote M1K1


Le Broutteux (surnom local de Jules Watteeuw) faisait partie du troisième sous-comité organisateur, ayant oeuvré à la reconstitution du château de Bailly (jadis sis sur l'actuelle Place de la Résistance devenue un parking) et d'un camps français de 1794. On observe qu'il y était répertorié en tant que publiciste et imprimeur. À noter que l'architecte Charles Maillard appartenait lui aussi à ce troisième sous-comité :

Centenaire Bataille de Tourcoing - Jules Watteeuw.
Archives municipales de Tourcoing - Côte M1K1



Médailles du centenaire

Enfin, la commune avait aussi émis des médailles en bronze représentant le monument, frappées par le joaillier tourquennois GRAU. On peut s'en procurer aujourd'hui sur le site numismatique NumisCorner.com :





Un contexte de tensions républicano-cléricales...

Pourquoi tant de détails concernant la programmation des Fêtes du Centenaire ? Pour deux raisons :
  1. pour le simple plaisir : prendre connaissance des petits détails croustillants du passé... la petite histoire dans la grande ;
  2. pour fournir illustrations aux propos du professeur François Da Rocha Carneiro, missionné aux Archives municipales et au Centre d'Histoire Locale de Tourcoing...
... propos que voici :
François Da Rocha Carneiro : « Les relations entre le maire Victor Hassebroucq et le curé de Saint-Christophe Désiré Van Bockstael sont depuis longtemps tendues. Ce dernier vient d'organiser une mission confiée au Rédemptoristes et ouvre de nombreuses écoles privées. Dans un contexte d'affirmation de la République, le centenaire de 1794 donne l'occasion à la municipalité de répondre au clergé local. Par les rites qu'elles proposent autour de la marche (cortèges et retraite aux flambeaux), de la musique (cantate patriotique, grand concert, bal, ...), des fleurs (exposition et fête horticoles) et du savoir (conférence inaugurale), les festivités constituent une contre-attaque républicaine au fort ancrage catholique tourquennois. » (source : médiatèque de Tourcoing)


Bicentenaire de la bataille

La Société historique de Tourcoing et du Pays de Ferrain en partenariat avec la Société d'histoire de Mouscron et de la région ont organisé un colloque d'histoire les 5 et 6 novembre 1994 à l'occasion du bicentenaire de la Bataille de Tourcoing.
Suite à ces colloques, ces deux Sociétés ont édité en 1995 un numéro spécial de la "Revue de Tourcoing et du Pays du Ferrain" comportant 296 pages (voir bibliographie ci-dessous).



Cartes Postales Anciennes





Bibliographie

  • MUba, Armes anciennes, bataille de Tourcoing, 1964 - Livre disponible en Médiathèque Malraux, exclu du prêt (uniquement consultation sur place) - Cote BR L/3 271.
  • Jean Christophe (pseudonyme de Jean Odoux), La Bataille de Tourcoing racontée aux enfants, EOMR 1969 - Médiathèque Malraux Jeunesse, exclu du prêt (consultation sur place) - Cote LM3 JEA.
  • Albert Merchier, La Bataille de Tourcoing : 18 mai 1794, Reboux 1894 - Médiathèque Malraux, exclu du prêt (consultation sur place) - Cote  LM 3 MER.
  • Huisman, S., Les fêtes du centenaire de la Bataille de Tourcoing, 18, 19, 20, 21 mai 1894, Reboux 1895 - Médiathèque Malraux, consultation sur place - Cote LM 3 HUI.
  • Wallays, Nisse et Ce, Fêtes du centenaire de la Bataille de Tourcoing : programme, 1895  - Médiathèque Malraux, consultation sur place - Cote BR L/3 604.
  • Yves Watry, La Bataille de Tourcoing, 1988 (réimprimé en 2000) - Médiathèque Colette et Malraux - Prêt et consultation sur place.
  • Émile Vignoble, Tourcoing, la victoire de l'an II, Maury 1993 - Médiathèque Malraux, Prêt et consultation sur place - Cote LM 3 VIG et 944.281 VIG.
  • Société historique de Tourcoing et du Pays du Ferrain & Société d'histoire de Mouscron et de la région, Bicentenaire de la Bataille de Tourcoing, n° spécial de "Revue de Tourcoing et du Pays du Ferrain", 1995 - Médiathèque Malraux, consultation sur place et disponible au prêt - Cotes LM 3 BIC et 944.281 BIC.
  • Mairie de Tourcoing, Défilé historique, "Bataille de Tourcoing", bicentenaire de la Révolution, 1995 - Médiathèque Malraux, consultation sur place - Cote BR L/3 846.
  • Hilaire Belloc, Tourcoing, Swift 1912 - Médiathèque Malraux, consultation sur place - Cote LM 3 BEL - En anglais.
  • M. Everaere, Traduction de la Bataille de Tourcoing de Hillaire Belloc - Médiathèque de Tourcoing consultation sur place - Cote LM 3 BEL.

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