Maison du Broutteux, Jules Watteeuw, Tourcoing

Rue Jules Watteeuw, Tourcoing - Maison du Broutteux

  • 19 rue Jules Watteeuw, Tourcoing.
  • Quartier Flocon Blanche Porte.
  • Téléphone Office du Tourisme : 03.20.26.89.03.
Le Broutteux est le surnom de Jules Watteeuw (1849-1947), poète patoisant local, à qui cette maison appartenait à l'origine. Grâce à une souscription, les tourquennois la lui ont fait construire pour la lui offrir en 1910. C'est un particulier qui y réside aujourd'hui : elle n'est donc pas un lieu touristique accessible au public : on ne peut en "visiter" que la façade.

De hautes personnes, architectes et sculpteurs, ont participé à la conception, la construction (à partir de 1907) et la décoration de cette bâtisse qui tranche par son style étonnamment alsacien, et pourtant située dans le quasi Tourcoing centre, à la limite du quartier "Flocon Blanche Porte", dans la rue Watteeuw, portant donc le nom du poète :

Maison du Broutteux - rue Hules Watteeuw, Tourcoing


1909 - Maison du Broutteux, Jules Watteeuw (1849 - 1947). Curieusement bâtie dans le style alsacien, ce don des Tourquennois à leur poète local est orné de son buste par Georges Engrand et de deux hauts-reliefs par Jules Clamagirand, d'une frise peinte par Rémy Cooghe et Raymond Lotthé avec les principaux personnages de ses pasquilles. Architecte Jean-Baptiste Maillard.
Pasquille, définition : genre littéraire wallon et picard, satirique, humoristique, souvent écrit en vers.





En patois local, Jules Watteeuw commentait ainsi cette offre des tourquennois :
Y'a des momints, qu'in d'vin d'mi'même, je m'demand' si j'nai po rêvé, quo qu'j'ai fait à tertous et s'femme pour ête, essin, l'petit Bradé ? D'tous les côtés in attind dire : "Et mi aussi, j'm'in vas souscrire". D'pus l'ovri jusqu'au richard, tout in chacun veut mette s'part. In veut tertous rapporter s'brique pou faire l'majon du Broutteux. In veut qu'elle soit belle et unique !


Le buste de Jules Watteeuw

Au centre de la façade, le buste en haut-relief de Jules Watteeuw lui-même, réalisé par le sculpteur Georges Engrand (1852-1936), dont on voit la signature en bas à droite :

Maison du Broutteux - Buste de Jules Watteeuw, Engrand

Jules Watteeuw - Buste par Georges Engrand, maison du Broutteux, Tourcoing.

Signature Georges Engrand - Maison du Broutteux, Tourcoing.



Georges Engrand est aussi celui qui a réalisé le bas-relief ornant l'horloge du Beffroi de Tourcoing, situé à 350 mètres, en plein centre ville cette fois :

Beffroi de Tourcoing - Bas-relief de l'horloge, par Georges Engrand




Les hauts-reliefs de Jules Clamagirand

On doit les deux plaques décoratives du perron de la maison au sculpteur-ornemaniste Jules Clamagirand (1870-1937), officier d'Académie à l'époque, en 1910. Il s'agit de hauts-reliefs  de terre cuite représentant des personnages des histoires du poète Watteeuw : le premier figurant le vendeur Justin, le second un soldat napoléonien du nom de Timoléon :

Maison du Broutteux, Watteeuw - Bas-reliefs de Jules Clamagirand

Le haut-relief est intermédiaire entre le bas-relief, plus plat, et la sculpture à proprement parler : les sujets y sont fortement saillants, mais ne se détachent entièrement pas du fond sur lequel ils apparaissent. L'illustration ci-dessous, montrant les personnages de profil, le révèle mieux :

Sculptures Jules Clamagirand - Maison du Broutteux, Tourcoing



La douce scène et les personnages du haut-relief D'Justin en gros plan :

Jules Clamagirand - Haut-relief maison du Broutteux, Tourcoing

Sculpture Jules Clamagirand, Tourcoing 1910.


Signature et date au bas du haut-relief, sous les pieds de la jeune fille : 



Ces oeuvres sont donc signées, et datées de 1910. C'est aussi en 1910 que Jules Clamagirand s'installe à Tourcoing. En 1911 et jusque 1936, il enseigne en tant que professeur de sculpture et de modelage à l'École des Beaux Arts de Tourcoing. 

Gros plan sur l'inscription du haut-relief D'JUSTIN :

Maison du Broutteux, Tourcoing - Inscription Haut relief D'Justin
D'JUSTIN. Que j'vinds du pain d'épiche et du bon galotin.

Jules Watteeuw composa sa toute première chanson autour du personnage D'Justin, tiré de la réalité :

Jules Watteeuw (Broutteux) : le personnage D'Justin - Tourcoing.
Archives municipales de Tourcoing - Cote 18 Fi 66


« Qui était ce D'Justin ? C'était une personnage de l'hospice qui s'appelait de son vrai nom, Jean Baptiste Leruste. On le connaissait à Tourcoing comme un vieux sou. Quand les vêpres sonnaient, il prenait sa place le dimanche près du portail de Saint-Christophe. Il tenait d'un bras un immense panier d'osier, plein de gâteaux bien frais et qui sentaient bon. Une nuée de gamins l'entourait et criait. "D'Justin, donne-mi du galotin ; D'Justin, donne-mi inne couque à rogins." Sans se presser, D'Justin débitait sa marchandise. Le panier vide, il allait chez Maraffin, le pâtissier de la rue de Lille, le remplir à nouveau de couques et de galotin. (...) Jean-Baptiste Leruste mourut à l'hospice en 1909. » (Jean Christophe, Gens et choses de Tourcoing, Frère 1975, page 200)



Gros plan sur l'expression de Timoléon, un soldat tourquennois ayant connu son heure de gloire sous Napoléon :

Sculpture Jules Clamagirand - Soldat Napoléonien, maison du Broutteux, Tourcoing.


L'inscription sur cette plaque :

Ch'est in Tourtchégnos. Bé! dit l'IMPEREUR, euJ'MIN doutos. 

La signature de Jules Clamagirand de 1910 apparaît en bas à droite. Elle est devenue quasi illisible :

Signature Jules Clamagirand - Maison du Broutteux, Tourcoing.


Toujours Timoléon, un jour de soleil dur, exacerbant les traits de son expression :




Jules Watteeuw posant devant ce haut-relief du soldat napoléonien tourquennois :

Jules Watteeuw - La maison du Broutteux, Tourcoing

Un petit montage en hommage à Jules Watteeuw :

Perron de la maison du Broutteux, et Jules Watteeuw

Maison du Broutteux, Tourcoing - Chat sur le perron




Jules Clamagirand sur Tourcoing et la région

Jules Clamagirand a participé à beaucoup de travaux sur Tourcoing et la région : le château Vaissier du Blanc Seau aujourd'hui disparu, le fronton de la Chapelle du Voeu (en 1921), l'Église Saint Christophe. Il participe aux décorations de la Chambre de Commerce ou Beffroi de Tourcoing, réalise les monuments aux morts du Blanc Seau et du cimetière principal de Tourcoing, ainsi que la tombe de Gustave Dron, ancien maire de Tourcoing. Il a encore décoré un grand nombre de pavillons lors de l'Exposition des Industries textiles de Tourcoing de 1906.

Hors de Tourcoing, il décore la salle des fêtes de l'Hôtel de ville de Roubaix, l'Église Sainte Thérèse de Wattrelos, le Nouveau Théâtre de Lille et de nombreuses demeures particulières sur Lille.

L'étudiante Clémentine Viguier a rédigé un mémoire sur Jules Clamagirand pour son Master d'Histoire de l'Art (Université de Lille 3, 2007-2008), grâce auquel on en apprend bien plus sur cet artiste. Pour les plus curieux, ce travail est en accès libre sur Docplayer.



La fresque centrale de Rémy Cogghe

Cette frise présente d'autres personnages des historiettes à succès de Jules Watteeuw, comme il l'écrit lui-même ainsi :
« Sus l'façate in vot les sujets
du Broutteux les plus beaux succès ;
Vous veyi : Petit Clo, Thérèsse
Poutche, Djustin et pus l'buresse » :

Maison du Broutteux, Tourcoing - La frise centrale.

Maison du Broutteux, Tourcoing - Frise de la façade


Tenant le pigeon, encore D'Justin :

Rémy Cogghe - Fresque de la Maison du Broutteux, Tourcoing (détail)


Les deux commères (personnages des pasquilles du Broutteux) :

Fresque de la Maison du Broutteux (détail) - Rémi Coghe

Rémy Cogghe, Les deux commères (maison du Broutteux, Tourcoing)



On retrouve Timoléon sur la frise :

Rémy Cogghe - Fresque Maison du Broutteux (détail), Tourcoing

Frise Rémy Cogghe (détail) - Timoléon.

Maison du Broutteux, Tourcoing - Frise de Rémy Cogghe (détail)




Les sculptures du Taureau et du Lion

De part et d'autre du perron, on constate la présence d'une tête de taureau et de lion. Il s'agit encore de caractères tirés des histoires de Jules Watteeuw, et dont le poète, les décrivant sur sa maison, écrit :

« Sur les côtés, chin qui-a d'pus beau
In vot l'lion et pus l'taureau.
Je n'sais po si j'm'abuse ; à m'mote
Qui s'font des grimace' à l'inn' l'aute. »

Sculptures de la tête de taureau et de lion - Maison du Broutteux, Tourcoing.


Mise en valeur des sculptures en question :

Sculpture du Taureau - Maison du Broutteux, Tourcoing.

Sculpture du lion - Maison du Broutteux, Tourcoing


Cet autre cliché de la même sculpture rend autrement lorsqu'un soleil dur joue avec ses reliefs :

Maison du Broutteux, Tourcoing - Sculpture du lion.





La guirlande du perron

On remarque enfin la présence d'une guirlande en trois éléments suspendus de fonte moulée. Initialement, il y en avait un quatrième, qui a donc disparu aujourd'hui (en juillet 2015, elle était encore là). Cette guirlande fut probablement réalisée par Jules Clamagirand encore une fois :

Guirlande de la Maison du Broutteux, Tourcoing (rue Jules Watteeuw).

Sur cette photo ancienne, on voit que la guirlande est complète :



La guirlande de fleurs vue par dessous :

Guirlande de la Maison du Broutteux, rue Jules Watteeuw, Tourcoing.

Pourquoi réalisée "probablement" par Clamagirand ? : parce que les historiens ne peuvent l'affirmer avec certitude. Toutefois, l'artiste, durant sa formation, fut l'élève d'Abel Poulain, lequel décora le Pont Alexandre III de Paris, guirlande comprise. Il est donc possible, étant donnée sa ressemblance avec celle de la maison du Broutteux, que notre sculpteur ornemaniste en herbe ait participé avec son maître à la réalisation des guirlandes du pont traversant la Seine et qu'il en ait donc reproduit la conception pour la maison de Jules Watteuw :




La poignée de la porte

La poignée de la porte présente encore des éléments des pasquilles du Broutteux : toujours Timoléon et les coqs des combats de coqs :

Maison du Broutteux, Tourcoing - Poignée de la porte


On dirait que le coeur des tourquennois s'est caché dans la ferronnerie du perron de la maison :





Le soupirail

Un soupirail massif, carré, apporte la lumière au sous-sol :





A noter

Il existe aussi une rue Jules Watteeuw :
On trouve aussi :