Ruelle des Madrilles Tourcoing

  • 2 rue de Lille, Tourcoing - Grand Place.
  • Quartier Centre Ville.

La ruelle des Madrilles donnant sur la Grand Place de Tourcoing fait partie intégrante de l'histoire de la commune et peut même prétendre à exister au sein de la grande Histoire de France. C'est en partie grâce à cette étroite ruelle que la République Française remporta l'importante victoire de la Bataille de Tourcoing de 1794, mentionnée sur l'Arc de Triomphe à Paris. C'est aujourd'hui une impasse.



✤ ✤ ✤
Cliquez sur les illustrations de l'article pour les voir en plein écran
Toutes illustrations © tourcoing-balade 2019
✤ ✤ ✤



Le contexte historique

En 1794, la France est envahie depuis le Nord par une importante coalition ennemie (Britanniques, Autrichiens, Prussiens, Hanovriens, Hollandais). Le dimanche 18 mai (29 floréal selon le calendrier républicain aujourd'hui abandonné mais en vigueur à l'époque), des Autrichiens ont investi Tourcoing et tiennent la Grand Place. Les Français, dirigés par le général Souham, les affrontent par la rue du Haze, en vain, car les Autrichiens tiennent la position. Heureusement, un tourquennois, Jean-Baptiste Castel selon Jean Odoux, indique aux Français une autre voie par laquelle contourner ce blocage côté Haze : la ruelle des Madrilles, grâce à laquelle les combats tourneront à l'avantage des Français, ainsi que nous l'indique Mr Da Rocha Carneiro en 2019 :
François da Rocha  Carneiro, professeur d'histoire-Géo au Lycée Jean Moulin de Roubaix et Vice-Président de l'APHG : « Le 29 floréal, au petit matin, c'est d'abord par le Nord que les hommes de Souham attaquent. La brigade du général Philippe Malbrancq, partie du Blanc Four à Roncq, repousse les Autrichiens stationnés au Brun Pain à Tourcoing, qui reculent vers le centre. Celle du général Étienne Macdonald  arrive peu après aux Phalempins et livre combat rue du Haze. Bloqués dans le centre de la ville, il faut l'aide opportune d'un citoyen de Tourcoing pour que les avant-gardes contournent les troupes ennemies en empruntant la ruelle des Madrilles, qui débouche sur la Grand'Place où étaient concentrés les coalisés. » (source : mediatheque.tourcoing.fr)

Pour mieux s'y retrouver, voici le plan des lieux tel que reconstitué en 1894, à l'occasion du centenaire de cette Bataille de Tourcoing. Le point rouge indique la Grand Place et les Madrilles qui y conduisaient depuis Les Phalempins et Brun Pain : le blocage côté Haze avait lieu à l'extrémité des Récollets :

A. Merchier, La Bataille de Tourcoing de 1794, Reboux Roubaix 1894.
Illustration (détail) M. Henry Jacquet, artiste peintre de Tourcoing, pages 24-25.
Archives municipales de Tourcoing - cote M1K1

L'écrivain et historien local Jean Odoux, écrivant sous le pseudonyme de Jean Christophe, présentait en 1972 une version analogue, rapportant l'importance de la ruelle des Madrilles, mais selon laquelle cela aura été à l'improviste que les Français tombèrent sur les Autrichiens tenant la Grand Place :
Jean Christophe : « Rue Mac-Donald (maréchal de France, 1758-1840). Un des vainqueurs de la bataille de Tourcoing. À l'aube du 18 mai [1794], Mac Donald, selon les ordres du général Souham, quitta le mont d'Halluin et gagna au pas de charge le centre de la ville [de Tourcoing]. Une partie de ses troupes, grâce à un habitant de Tourcoing, Jean-Baptiste Castel, s'infiltra par des sentiers inconnus de l'ennemi jusqu'à la ruelle Desmadryl. Les Français tombèrent à l'improviste sur les Autrichiens, campés Grand-Place, qui se sauvèrent à la débandade. La journée commençait bien... Mac Donald ne cessa pas, jusqu'au soir de la bataille, de harceler les Autrichiens et d'empêcher, au prix de tout son courage, la jonction des Autrichiens et des Anglais [coalisés]. » Jean Christophe, Si les rues de Tourcoing m'étaient contées, 1ère édition, Georges Frère 1972, page 52)
  • On constate que Jean Odoux parle de la ruelle Desmadryl pour désigner notre ruelle des Madrilles.


Photographies actuelles des lieux

Voici l'accès actuel à cette ruelle, au tout premier plan ci-dessous. On dirait une porte donnant sur une habitation, mais non : c'est un accès vers ce qui est aujourd'hui une courée :

Entrée de la Ruelle des Madrilles, Tourcoing Grand Place.
© tourcoing-balade, 2019

Voici cet accès, de face : on constate qu'en effet, un portillon ouvre sur une profondeur :



Franchissons le portillon pour nous positionner au centre de la ruelle
et regardons d'un côté et de l'autre.
On constate que ce passage est long et très étroit.
Il faut imaginer tout un contingent de soldats ayant donc emprunté ce mince passage le matin du dimanche 18 mai 1794 pour déboucher sur la Grand'Place de Tourcoing, afin de la dégager des occupants Autrichiens :

Tourcoing, Ruelle des Madrilles - Vue intérieure.


Lorsque les soldats français parviennent à la Grand Place, voici ce qu'ils pouvaient en observer... non pas les voitures du XXIè siècle 😉, mais il faut imaginer la place pleine de combattants :

Tourcoing Grand Place - Vue depuis la Ruelle des Madrilles.

L'extrémité de la ruelle, juste avant la sortie :

Ruelle des Madrilles, Tourcoing - Portillon de sortie.
© tourcoing-balade 2019



La plaque Lecaillon

L'entrée dans la ruelle est coiffée d'une plaque en bronze explicative commandée en 1948 à la fonderie tourquennoise Lecaillon par l'association "Les Amis de Tourcoing" :

Plaque Lecaillon - Accès Ruelle des Madrilles, Tourcoing.


Pour rendre les inscriptions plus lisibles, nous avons joué ci-dessous sur les contrastes.
→ rappel confort de lisibilité : en cliquant sur la photo, elle apparaît en plein écran et en mode diaporama :

Ruelle des Madrilles, Lecaillon, Tourcoing

« Ruelle des Madrilles. Le 18 mai 1794, par cette ruelle qui se prolongeait jusqu'à la rue de Wailly, les avant-gardes françaises débouchèrent à l'improviste sur la Grand'Place. Elles y surprirent les Autrichiens qui abandonnèrent leurs positions. Cette manoeuvre dès le matin de la bataille de Tourcoing préluda au succès de nos armes. » Amis de Tourcoing

La date de "Mai 1948" et la signature "Lecaillon Tourcoing" sont visibles en bas à droite de la plaque.
Les voici agrandies :

Plaque Lecaillon Tourcoing, 1948 - Ruelle des Madrilles

Le Centre de archives du monde du travail (Archives Nationales) nous indique qu'il s'agit de la SNC (Société en Nom Collectif) des fils de Charles Lecaillon dont l'objet social est la fonderie de cuivre, de bronze et d'aluminium et dont le siège social se trouvait 9 rue de Châlons à Tourcoing : plus d'infos ici.



La maison des Quatre Saisons

L'entrée vers notre ruelle se trouve sur la même parcelle cadastrale que la maison des Quatre Saisons, bâtie en 1712 et inscrite à l'Inventaire général du Patrimoine Culturel :

Ruelle des Madrilles et Maison des Quatre Saisons, Tourcoing.

→ voir notre article complet (clic) sur cette maison patrimoniale des 4 Saisons : pour en voir tous les détails ornementaux d'ordre corinthien, ainsi que les gros plans des 4 hauts-reliefs représentant les saisons.



Le monument de la Bataille de Tourcoing de 1794

Voici donc remportée cette Bataille cruciale, dont le monument commémoratif fut érigé en 1863 sur l'actuelle rue Millet, à côté du Parc Clemenceau, et en face de → l'École des Douanes :

Bataille de Tourcoing de 1794 - Monument commémoratif, rue Millet, Tourcoing.




La courée des Madrilles

Ancien sentier, les Madrilles sont devenues aujourd'hui une impasse au fond de laquelle se trouve une petite courée, en plein centre ville de Tourcoing, à laquelle on accède via un portail électrique et où règne une tranquillité à l'écart des voitures et des passants :

Madrilles - Courée Tourcoing Centre.


Passé cette grille du fond de la ruelle, on débouche sur un petit espace habité, sur 3 niveaux :
rez-de-chaussée, 1er et 2ème étage :



Autrefois, la ruelle continuait dans la direction du petit bosquet pour rejoindre l'actuelle rue de Wailly.
Aujourd'hui, il s'agit d'un minuscule jardinet sans issue :

Courée des Madrilles - Tourcoing Centre, 2 rue de Lille.

Courée, Madrilles Tourcoing - Rez-de-Chaussée.


Du second étage, on aperçoit le clocher de l'Église Notre-Dame des Anges :

Courée des Madrilles, Tourcoing - Étage.



L'impasse Desmadryl et Jules Watteeuw

Jean Christophe : « C'est dans la ruelle Desmadryl que Jules Watteeuw, encore enfant, avait installé un théâtre de marionnettes composé d'une vieille caisse et de poupées. Il jouait "La Tentation de Saint-Antoine" et les enfants chantaient avec les démons : "Tirons-le par le cordon, Faisons-le tourner en rond..." Il jouait aussi "Le Malade Imaginaire" et 'Petit François" où le ramoneur chantait : "C'est Madame la baronne, Qui veut qu'on la ramone, Mais son mari ne veut pas..." ou encore les "Brigands de la Forêt-Noire" et d'autres pièces de son invention. Bien souvent des grandes personnes se mêlaient aux gamins du voisinage pour écouter Jules Watteeuw et riaient de bon coeur. La vocation de notre poète s'est peut-être dessinée à cet endroit. » (Jean Odoux - sous le pseudonyme Jean Christophe, Si les rues de Tourcoing m'étaient contées, Frère 1972, page 22)



Une ruelle bien méconnue

C'est dans cette ruelle qu'il faut habiter si vous cherchez à passer inaperçu, car...

1°) Le site national du cadastre ignore cette ruelle.


2°) Même le plan cadastral de Tourcoing, interrogé, répond "Désolé, pas de résultat" :





3°) Tentons alors la Carte Interactive de Tourcoing... qui ne trouve aucun résultat non plus :




4°) Bon, sortons l'artillerie lourde... Google Maps... il ne connaît pas :


Google Maps connaît bien une Impasse Madrille... mais à Bruxelles : la voir sur Google Maps depuis la rue des Charbons. Google Maps n'est pas entré dans cette impasse dont une photo existe cependant sur le site vivreabruxelles.be (cliquez pour la voir).


5°) Mappy ne s'en sort pas mieux :




6°) La carte Michelin en ligne de Tourcoing tire son épingle du jeu, à moitié : il la connaît mais ne la fait pas apparaître au bon endroit (voir où elle la place) :





"Pour vivre heureux, vivons cachés"
pourrait être la devise de la :