Armoiries Blason de Tourcoing

Nous allons construire pas à pas le blason de Tourcoing, en expliquant, étape par étape, le pourquoi du comment, afin de comprendre ce que disent ces Armoiries tourquennoises.

D'abord, un blason désigne l'ensemble des pièces formant l'écu héraldique d'une famille, d'une ville ou d'un État. L'écu, c'est à l'origine, le bouclier des hommes d'armes du Moyen âge. C'est pourquoi un blason a la forme d'un bouclier.



Champ D'Argent

Le blason possède un fond, qu'on appelle un champ dans la terminologie héraldique. Ce champ possède une couleur, encore un concept héraldique désignant l'habillage d'arrière-plan du blason qui peut revêtir trois aspects :
  • couleur "métaux" : or ou argent ;
  • couleur "émail" : azur ou gueules ou pourpre ou sable ou sinople ;
  • couleur "fourrure" : hermine ou vair, ou un composé de ces deux-là.

Le champ de Tourcoing est de couleur "métaux ; argent".
Pour en parler, l'héraldique dit "D'argent", et non pas "Argent" :




Pureté, humilité, franchise

Dans son Dictionnaire archéologique et explicatif de la science du blason de 1901, le Comte Alphonse O'Kelly de Galway indique que cette couleur Argent symbolise la franchise et la pureté. Plus tôt, Nicolas Viton de Saint-Allais affirmait en 1816 et dans son Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France que l'Argent symbolise la virginité, l'innocence, ou l'humilité.


Pour mieux rendre cette pureté, humilité et franchise, polissons le métal :






La Croix de sable

De très nombreux blasons sont ornés d'une croix. Celles-ci proviennent essentiellement du temps des croisades (expéditions militaires du Moyen âge menées depuis l'Occident chrétien vers Jérusalem pour endiguer un blocus organisé par les Turcs Seldjoukides empêchant les occidentaux de se rendre en pèlerinage en "Terre-Sainte"). Cette croix représente le crucifix.

La diversité des croix des blasons résulte d'un besoin chez les différents groupes de soldats occidentaux de se différencier les uns des autres durant les opérations militaires des croisades.

Les branches de la croix de Tourcoing s'étendent jusqu'aux bords du blason. Si ce n'était pas le cas, on parlerait d'une croisette.


Pourquoi dit-on croix "de sable" ?

Souvenez-vous des 3 "couleurs" du champ : métal, émail ou fourrure. Le sable désigne une des couleurs d'émail, à savoir le noir.

Cette couleur d'émail dégage aussi ses propres significations. Elle symbolise la modestie, l'affliction, l'obscurité, et même la science.



Déposons donc maintenant cette croix noire sur le champ D'argent :






Les 5 besants d'or

Les 5 ronds jaunes du blason tourquennois représentent des pièces de monnaie, appelées des Besants en héraldique, pièces qui peuvent être en or ou en argent (besants dorés ou argentés, ou plus simplement jaunes ou blancs).

La médiathèque de Tourcoing nous apprend que ces pièces d'or expriment, sur le blason de Tourcoing, la vocation commerciale de la ville, et déjà dans ses temps médiévaux.

D'autres blasons, d'autres communes, ne présentent qu'un ou deux ou trois besants : Tourcoing, c'est 5... en en or qui plus est ! Par exemple, le blason de Gébets en Occitanie ne présente qu'un besant d'or ; celui de Chartres 3 en argent ; par contre 10 en or pour celui Melay dans le Maine-et-Loire...

Le CNRTL (Centre National des Ressources Linguistiques et Textuelles) précise qu'en numismatique, un bezant (avec un z) désigne à l'origine une monnaie byzantine, d'or ou d'argent. Byzantine : de Byzance, avec un z, ancienne cité grecque, capitale de la Thrace antique, devenue Constantinople, puis Istanbul en Turquie de nos jours. Il existe donc une proximité linguistique entre Byzance et bezant, dont la toute première orthographe était besanz. À noter qu'on rencontre aussi de nos jours l'orthographe besan (sans t final).


Ajoutons ces 5 besants sur la croix :





Habillage final

De manière à styliser un peu le rendu final, on ajoute quelques textures, encadrements et cerclages, sans trop en faire afin de ne pas perdre les significations symboliques :




Nous aimons aussi cette version, mais qui commence à perdre de son symbolisme. Il faut le penser comme un bouclier qui a fait du service et dont les habillages auront été ternis, passés, estompés, abîmés, par l'usage ou le temps :





Guillaume de Mortagne

Cet écu, ce bouclier, était à l'origine celui du Chevalier Guillaume de Mortagne, Seigneur de Dossemer. Il racheta ensuite, en 1294, la Seigneurerie de Tourcoing à sa lointaine cousine Alix de Guisnes, laquelle avait grand besoin d'argent puisqu'elle était endettée.

Le site officiel de la mairie de Tourcoing nous apprend que :
« En 1294, Guillaume de Mortagne, Seigneur de Tourcoing, accorde aux villageois un concordat, c'est-à-dire une charte qui consigne des privilèges libérant la ville du pouvoir parfois arbitraire du Seigneur. Dans le même temps, il accède à la demande des habitants en leur donnant son sceau seigneurial, apposé sur le tissu. Il assure la provenance et la qualité du textile vendu. Aujourd'hui ce sceau est le blason de la ville de Tourcoing. ». (source tourcoing.fr)

On connaît aujourd'hui ce Guillaume parce qu'il est représenté en Géant et séjourne parfois dans le Hall de l'Hôtel de ville, après on ne sait quels guerroiements :

Géant Guillaume de Mortagne, Mairie de Tourcoing, 2020




Charles Roussel-Defontaine

Dans son énorme Histoire de Tourcoing publiée en 1855, Mr Roussel-Defontaine nous renseigne en ces termes concernant les armoiries de la ville :
« Les armoiries ne se répandirent que depuis le XIIè siècle. Plus tard, on en décora les villes pour satisfaire la bourgeoisie, qui ne pouvait y aspirer individuellement. Abolies par la Révolution de 1789, les armoiries furent rendues aux villes par ordonnance de Louis XVIII, en date du 26 septembre 1814. Le décret du Gouvernement provisoire, qui supprima en 1848 les titres de noblesse, ne s'occupa pas des armoiries des villes qui continuèrent à subsister. Tourcoing a repris ses armoiries en 1823 ; voici leur description en héraldique : "D'argent à la croix de sable chargée de cinq besans d'or". Argent veut dire blanc. Bara dit qu'il dénote l'innocence, l'humilité, etc. On ne peut douter, dit le père de Varennes, en son roi d'armes, que la blancheur ne soit la représentation de la sincérité ou bien de la franchise d'un brave coeur qui, sans aucun déguisement, se montre véritable en ses paroles. Les plus riches de Rome, quand ils aspiraient à quelques dignités, se vêtaient de blanc, undè candidati, pour mendier les suffrages du peuple. Ils le portaient encore aux funérailles des empereurs. La croix de sable, c'est-à-dire noire, porte une couleur dont la traduction héraldique est tristesse, prudence, honnêteté, etc., etc. Les cinq besans, dont elle est chargée, sont d'anciennes pièces de monnaie. Après la prise de Damiette par saint Louis, le Soudan fit publier un édit par lequel il promettait un besan d'or pour chaque tête de chrétien qui lui serait apportée. Fait prisonnier en 1250 à la bataille de Massoure, la rançon du saint roi lui coûta deux cent mille besans. Nos rois autrefois en donnaient treize à l'offrande de la messe de leur sacre à Rheims, et, bien que ces monnaies n'eussent plus cours, pour conserver l'ancienne coutume, le roi Henri II en fit forger exprès treize pour son sacre, qui furent appelés besantins. Les besans d'or figuraient dans les armes de l'illustre famille des Médicis. Les armoiries de la ville de Tourcoing sont, comme on le voit, distinguées et remarquables par leurs couleurs et seurs signes. » (Histoire de Tourcoing, pages 76-79).


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Pour la rédaction de cet article, nous nous sommes beaucoup inspirés de l'excellent site sur l'héralidique → blason-armoiries.org que nous vous recommandons vivement pour découvrir tout l'univers des armoiries.