Châteaux d'eau Les Francs

Châteaux d'Eau "Les Francs", Tourcoing 2020.
  • Angle rue de Lille et rue de Paris, Tourcoing. 
  • Quartiers "Flocon Blanche Porte" / "Brun Pain Les Francs". 

Érigés en 1863 par l'ingénieur Varennes, ces deux réservoirs d'eau de 1000m3 chacun assuraient les besoins en eau (puisée dans la Lys) des usines textiles de la ville à l'époque de sa forte croissance industrielle, et quand le canal de Tourcoing, creusé en 1893, n'existait donc pas encore. 

Ils sont toujours en activité, au sein du réseau des Eaux du Nord, aujourd'hui Sourcéo Métropole Européenne de Lille au 145 rue de Lille. Ce sont d'ailleurs les Eaux du Nord qui les ont restaurés en 1989/1990.

MEL Sourcéo, Tourcoing 2020


Les réservoirs d'eau sont implantés sur les points les plus hauts d'un territoire métropolitain. Il furent d'abord construits en briques avant que le béton, d'une manipulation plus souple, ne leurs soit préféré.

Avant d'aller chercher les eaux de la rivière de la Lys, affluent de l'Escaut, Tourcoing pompait l'eau de l'Espierre, Roubaix celle du Trichon. Les deux communes creusèrent aussi des puits. Toutefois, les quantités d'eau restaient insuffisantes : l'industrie restait assoiffée... C'est ainsi qu'il fut décidé de prendre radicalement le taureau par les cornes et de bâtir ces énormes réservoirs reliés à un réseau d'adduction courant jusqu'à la Lys, à hauteur de Bousbeque. 



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Cliquez sur les photos pour les voir en diaporama plein écran.
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Limitrophe "Flocon - Blanche Porte" et "Brun Pain - Les Francs"

Ces deux réservoirs se situent administrativement sur le quartier Flocon Blanche Porte limitrophe des Francs. Mais ils sont plutôt connectés à l'histoire du quartier des Francs, d'où leurs noms. 

La → carte des quartiers de Tourcoing montre la frontière entre "Brun Pain Les Francs" et "Flocon Blanche Porte" : on voit que les deux réservoirs se situent en effet dans la zone mauve.  Par contre, la rue de Paris longeant les châteaux, dans la zone verte :



Voici ce que cela donne dans la réalité : la photo ci-dessous est prise depuis la rue de Paris, pieds sur le quartier "Brun Pain Les Francs" tandis que les deux châteaux d'eau sont pieds sur le quartier "Flocon Blanche Porte" : la frontière "administrative" passe sur le trottoir :

Rue de Paris, Tourcoing 2020




Photographies

Cette architecture de château d'eau d'aspect dit "turriforme" (qui a la forme d'une petite tour) émerge durant la seconde moitié du XIXè siècle et renvoie à des références médiévales. Les voici à l'angle de la rue de Lille (sur la gauche) et de la rue de Paris (sur la droite) : 



Les cuves sont réalisées en plaques d'acier rivetées, 
dont le fond creux est posé sur une maçonnerie plus large :



La fin de la rue de Lille, début de la rue du Brun Pain dans notre dos :

Rue de Lille, Tourcoing 2020


Rue de Paris et Rue Froissart dans son prolongement, vers le commissariat de la police municipale et la cheminée de l'ancienne teinturerie des Francs (située administrativement sur le quartier "Belencontre - Fin de la Guerre : en effet ce secteur se trouve en réalité à la jonction de 3 quartiers administratifs, d'où cette complexité) :

Rue de Paris, Châteaux d'Eau, Tourcoing 2020


Voici cette cheminée, vue depuis l'allée des Cerisiers : c'est tout ce qu'il reste de ce patrimoine industriel ex Teinturerie des Francs : mais elle, a été restaurée, consolidée, et assume fièrement son devoir de mémoire :

Cheminée de la Teinturerie des Francs, Tourcoing 2020



Revenons vers nos réservoirs pour les voir cette fois depuis la rue Neuve :

Châteaux d'Eau Soucéo MEL, Tourcoing 2020




Une passerelle relie les deux citernes accessibles via un escalier en colimaçon. 
Les deux cuves sont ouvertes, à ciel ouvert, par le dessus (il ne s'agit pas de cuves à eau potable).
Aujourd'hui l'intérieur des cuves est enduit d'une résine époxy (un polymère liquide et thermodurcissable) :


Passerelle Châteaux d'Eau des Francs, Tourcoing 2020




Les deux cuves photographiées en hiver 2019, depuis le parking de la clinique Val de Lys : il faut les photographier en hiver depuis ce lieu, sinon, les feuillages des arbres les camoufflent entièrement :





Le Réservoir d'eau du Fontenoy à Roubaix

Rue de la Lys, à Roubaix, exactement le même réservoir : 
toujours par l'ingénieur Varenne et toujours érigé en 1863 :

Réservoir d'Eau du Fontenoy, Roubaix 2020


Les plaques d'acier au-dessus de la cuve font mention des "Usines de Marquise, 1876" : 

Usines de Marquise, 1876, Roubaix 2020





Éléments historiques

Béatrice Auxent, architecte du Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement du Nord (C.A.U.E), nous apprend que : 
« Construits en 1863 par l'ingénieur Varennes, alors directeur du nouveau service des eaux de Roubaix-Tourcoing, ce sont les premiers réservoirs du réseau d'eau industrielle de la métropole lilloise. Ils sont de type "tour cylindrique maçonnée" avec cuves en fonte à fond concave de 1.000 m3 chacune. Les soubassements sont en briques. Ils forment une élégante succession d'arcs brisés scandés par des contreforts à ressauts et couronnés de faux mâchicoulis. La référence à l'architecture médiévale est évidente. C'est ce qui a valu le nom de "châteaux de l'industrie" aux réalisations de cette époque. Les deux cuves sont à ciel ouvert et accessibles par l'extérieur grâce à un escalier métallique commun. L'eau se déverse dans les cuves par le haut sans contact direct avec l'eau déjà contenue dans le réservoir tandis que la distribution se fait, le moment venu, par la base de la cuve. Ces réservoirs ont été restaurés par la Société des Eaux du Nord en 1989 et 1990. Un travail important de sablage et de rejointoiement de toutes les maçonneries a été effectué, complété par une mise en couleur des cuves composées de plaques de fonte assemblées par boulonnage avec étanchéité par le serrage. Une résine époxy recouvre maintenant l'intérieur des cuves. En 1897, le site accueillait également trois autres réservoirs de 400 m3 chacun, construits par l'ingénieur Binet. Ils ont été démolis. » (Les réservoirs d'eau de la métropole lilloise 1860-1930, 1995, page 4)

L'office du Tourisme de Tourcoing nous indique aussi que :
« La construction de ces châteaux d'eau est indissociable de l'essor industriel de Tourcoing mais aussi de sa jumelle Roubaix. En effet, pour faire face au besoin grandissant des usines textiles en eau, les deux villes décident de faire construire des réservoirs. L'ingénieur Varennes se voit confier le projet et fait ériger, en 1863, les premiers réservoirs d'eau industrielle de la métropole lilloise. Chacune des deux constructions de brique est dominée par une citerne en fonte rivetée ouverte au sommet. Les réservoirs puisent leur eau dans la Lys et marquent l'un des premiers projets communs entre les deux villes. Ils ont été restaurés par la société des Eaux du Nord en 1989 et 1990. » (Le Textile à Tourcoing : histoire, réhabilitation et architecture, 2020)

Enfin la base Mérimée du Ministère de la Culture, répertoriant les patrimoines architecturaux français, précise que : 
« Face au développement démographique et au besoin sans cesse croissant en eau industrielle, les villes de Roubaix et de Tourcoing conjugent leurs efforts pour la réalisation d'un vaste réseau d'adduction d'eau. Plusieurs projets sont envisagés : un canal reliant la Deûle à l'Escaut, la prise d'eau dans l'Escaut en Belgique, un forage artésien et enfin la prise d'eau dans la Lys. C'est cette dernière solution qui est retenue. Elle présente en effet l'avantage de préserver l'indépendance nationale. L'inauguration des eaux de la Lys a lieu en août 1863, sur la place de l'Hôtel de ville à Tourcoing, symboliquement autour d'une fontaine jaillissante [l'ancien hôtel de ville donc, quand il se situait sur l'actuelle Grand Place, où se trouvent aussi les Naïades actuelles]. Le Service Municipal des Eaux de Roubaix et de Tourcoing [SMERT] est créé. Son siège social est établi à cheval sur les deux communes. En 1863, le SMERT réalise les premiers réservoirs d'eau industrielle de la métropole lilloise. Il s'agit des réservoirs cylindriques des Francs à Tourcoing et de celui du Fontenoy à Roubaix. Ils sont l'oeuvre de l'ingénieur Varenne [à noter donc que le Ministère ne met pas de S terminal à ce nom propre]. Vers 1885, Auguste Binet alors ingénieur du SMERT, décide la réalisation des réservoirs du Huchon à Roubaix. C'est en 1894 et 18997, toujours sous la houlette de Mr Binet, que sont édifiés les réservoirs d'eau potable de type "plat maçonné" de Mons-en-Pévèle (20.000 m3) et du Mont des Bonnets à Mouvaux (26.000 m3). Le SMERT a également une station de forage à Pecquencourt (62), dite usine d'Anchin, captant les eaux de la plaine de la Scarpe, ainsi qu'une station d'épuration à Roncq, dite filtres de la Viscourt. Le réseau est actuellement géré par la Société des Eaux du Nord. » (source : pop-culture.gouv.fr)


Festivités lors de l'inauguration de ces châteaux d'eau, le dimanche 23 août 1863 :



Voici le menu du repas servi aux notables après cette fête :





Vespasiennes, Urinoirs

Les anciens tourquennois seront heureux d'apprendre que les vespasiennes urinoirs de cet angle de la rue de Paris et de Lille sont toujours là, donc aux pieds des châteaux d'eau des Francs :