La Penseuse de Belencontre

La Penseuse de Belencontre, Tourcoing 2020
  • Avenue de la Fin de la Guerre, Tourcoing. 
  • Quartier Belencontre. 

Ancienne figure de Belencontre, la statue La Penseuse, un temps disparue, a fait son retour dans le quartier à l'emplacement de l'ancienne usine Tiberghien devenu aujourd'hui le Point de Rencontre face au Parvis des Lettres de la Médiathèque Chedid.

Elle se trouvait originellement dans le Parc Clemenceau, sur la rive du grand plan d'eau, en compagnie d'un second monument dénommé Le Saut, disparu. La petite histoire de Tourcoing raconte qu'elle y recevait beaucoup de confidences et secrets que les habitants venaient lui confier, en intimité.


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Voici l'élégante Dame Penseuse, en 2020, située non loin de la → médiathèque Chedid
à 400 mètres environ de son emplacement d'origine :

Statue La Penseuse, Tourcoing Belencontre 2020


Certains se plaignent de ce que cette composition si gracieuse ne soit pas mise en valeur, car trop retirée, cachée, trop discrète. Mais rappelons que sa vocation passée était de recevoir au Parc Clemenceau les confessions, de prêter sa présence aux épanchements des tourquennois, d'écouter leurs peines et leurs joies aussi, mais qu'on ne veut exprimer qu'en cachette, en catimini, par pudeur, par retenue. Le fait qu'elle se trouve donc aujourd'hui sous l'ombre des arbres à l'entour, dissimulée aux regards et aux ouies des passants, devient alors compréhensible, et même touchant de délicatesse.

Nous avons un peu accentué ci-dessous cette ambiance ombrageuse, propre aux confidences.
Qui lui parlera, personne ne le saura. Elle ne trahira rien :



Nous voici ci-dessous sur le Parvis des Lettres, médiathèque Chedid sur notre gauche (qu'on ne voit pas ici). 
En effet, la Penseuse semble bien lointaine, sa beauté trop en retrait. 
Mais c'est nous qui devons aller à elle, et non pas elle qui s'en vient à nous :

Parvis des Lettres, Tourcoing Belencontre, 2020


On se rapproche... :



... jusqu'à ses côtés :


Le livre Belles Rencontres, publié en 2010 et racontant l'histoire du quartier, poétise ainsi :
« Alors, passant d'un soir,  si tu as la tête remplie de questions vraies, si tu cherches une vérité qui te fuit, tu pourras à nouveau t'asseoir près d'elle. Ne crains pas de lui faire des confidences, elle t'écoutera la tête légèrement inclinée et sera muette à tout jamais. La Penseuse est une dame du Nord et la discrétion est sa noblesse. ». (→ Belles Rencontre, 2010, page 33)



Dépassons-la pour voir les lieux depuis derrière elle. 
En face et en arrière-plan, l'avenue de la Fin de la Guerre, 
sur la droite en briques rouges, la médiathèque Andrée Chedid 
et le Paris des Lettres planté de luminaires :




Bien que le nom de l'avenue de la Fin de la Guerre n'ait rien à voir avec une fin de guerre, laissons-nous aller à imaginer qu'elle est heureuse, elle, de la comtempler en tant que telle, en tant que fin des hostilités humaines. À moins qu'elle en songe à quelque chose d'encore plus haut :




Une statue qui a souffert

Originellement, la statue n'était pas ainsi bigarrée, zébrée, bras et tête ainsi qu'une partie de son épaule gauche. Mais c'est qu'elle fut jadis victime de vandales qui l'ont très puissamment saccagée : il aura fallu y aller avec une marteau, voire une masse car elle fut totalement décapitée, ses bras avaient disparu, et cette partie de l'épaule gauche défoncée. Elle avait alors été remisée, délaissée, puis oubliée. Après des années et des années, les souvenirs des anciens l'ont alors rappelée. Mais où se trouvait-elle désormais ? Nul ne le savait. On l'a finalement retrouvée dans une cabane de jardinier, entre matériaux et outils, ainsi estropiée et entièrement recouverte de saletés profondément incrustées. Il fallait donc la restaurer. C'est l'artiste belge d'origine espagnole Emilio Lopez-Manchero que les habitants de Belencontre ont missionné pour ce faire, sous la médiation d'étudiants en Art contemporain de Lille 3 et avec le soutien du centre socioculturel Belencontre, de la Direction des Affaires Culturelles de Tourcoing, du Conseil Régional, de la CAF, de → Vilogia, et de la Caisse des Dépôts et Fondation de France.


Le livre Belles Rencontres nous l'explique, pages 32 et 33 :





Pourquoi les zébrures ?

Mais pourquoi donc Emilio Lopez-Manchero l'a-t-il restaurée ainsi zébrée ? Ce sont encore une fois les anciens de Belencontre qui détinennent l'explication : ces zébrures, expliquent-ils, évoquent une femme du quartier d'il y a bien longtemps, réputée très acariâtre, une tigresse comme disait la tradition :
« Personnage digne d'un roman, grande buveuse, le verbe haut et coloré, la tignasse et le vocabulaire mal peignés, l'injure facile à l'égard des bourgeois et le coup de poing en cas de besoin... elle était issue d'une famille marginale, ces familles dont on pourrait penser que la misère est chez elles chose héréditaire. Elle vivait de commerces divers, de contrebande, et ne manquait pas de s'empoigner avec les douaniers. On chuchote plus qu'on ne l'affirme que parmi ces divers commerces, le plus vieux métier du monde ne lui était pas inconnu. » (→ Belles Rencontre, 2010, page 38)
Le Penseuse porte donc les zébrures de cette Tigresse de Belencontre qui reste par là toujours présente :
« De ce personnage digne de Zola, nous ne connaissons rien de plus. Tout ce que nous savons, c'est qu'elle fut le produit de la misère et de l'exclusion. Combien de tigresses ou de tigresses potentielles survivent ou vivoteront encore dans le quartier ? Elles font partie de notre histoire et, si la misère n'est jamais jolie à raconter, les nier serait leur faire une dernière injure. » (→ Belles Rencontre, 2010, page 38)