Anciennes Halles Centrales

CPA Halles de Tourcoing
  • Place de la Résistance, Tourcoing. 
  • Quartier Centre Ville. 

Construites de 1977 à 1880 par l'architecte Louis Leblan, sur l'actuelle place de la Résistance et inaugurées le 29 août 1880, les Halles Centrales de Tourcoing, devenues Hippodrome en 1912, rasées en 1935, appartiennent désormais au passé patrimonial de Tourcoing.

Le Centre d'Histoire Locale (CHL) de Tourcoing indique que ce marché couvert a suivi "les mêmes règles de construction que les Halles de Baltard à Paris" y furent suivies. 

Alain Lecompte nous précise que : 
« Elles comptaient 98 boutiques et 28 resserres [des réserves]. À l'origine, elles renfermaient la poissonnerie. La présence de celle-ci occasionna de sérieux inconvénients qui amenèrent en 1822 une construction spéciale de l'autre côté de la rue. Elles étaient ouvertes au public de 5 heures à 19 heures d'avril à septembre, et de 6 heures à 18 heures d'octobre à mars. Le samedi, l'heure de la fermeture était fixée à 22 heures. » (Chroniques tourquennoises, tome 2, 1985, page 212).



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Cette carte postale ancienne LV & Cie 476 montre que ces Halles se trouvaient juste à côté de l'Église Saint-Christophe. Les cartes LV & Cie (pour Léopold Verger et Compagnie) étaient souvent colorisées par le procédé "Aqua photo" qui les fragilisait tellement qu'on disait pouvoir les détériorer rien qu'avec un regard appuyé. On constate que le marché s'installait déjà là, comme aujourd'hui encore. Date estimée de cette photographie = entre 1907 et 1935 :

CPA LV & Cie aquaphoto



La carte E.D. Edmond Cailleux, Lille n°26 montre bien la façade des Halles. On voit qu'elles sont constituées de 3 vaisseaux, le central, portant une rosace est plus élevé que les latéraux. Les colonnes sont à chapiteaux ioniques, les baies vitrées à remplage métallique éclairent l'intérieur :  

Carte Postale Ancienne Edmond Cailleux, Lille - Halles de Tourcoing

Agrandissement du centre de la carte postale ci-dessus pour constater l'indication "Halles Centrales" à l'entrée du bâtiment :




La carte 7778 C.S. Éditeur Lille, colorisée, présente le même point de vue, un jour de marché :




L'éditeur Ernest Le Delay, E.L.D. Paris nous propose cet autre angle de vue sur sa carte 775 :

Carte Postale Ancienne de Tourcoing - ELD, Paris, Les Halles



Le point de vue plus éloigné de la carte n°6 BF Paris dévoile la présence 
de l'ancien Théâtre en arrière-plan :

BF 6 Paris - Tourcoing, Halles Centrales




Une petite dernière avec ce phototype de Touly, Lille : la phototypie est un procédé d'impression à l'encre grasse insolée sur plaque de verre. C'est le procédé OFFSET qui remplacera ce procédé fin des années 1930 :

Phototypie Touly, Tourcoing Halles




L'Hippodrome Palace

En 1912, ces Halles Centrales deviennent l'Hippodrome Palace, structure privée, et non pas communale. Il ne s'agira pas seulement d'un hippodrome, mais aussi d'un cirque, d'un cinéma, et d'une scène de Music-Hall sur laquelle se produiront de nombreux artistes. Il sera détruit en 1935. 

C'est l'architecte Gabriel Eugène Pagnerre (1874-1939, créateur de plus de 400 bâtisses dans la Métropole lilloise) qui conduira cette transformation, essentiellement intérieure. On remarque tout de même, en extérieur, l'apparition du fronton triangle franc maçonnique (cependant, les recherches biographiques concernant Gabriel Pagnerre montrent qu'il n'a jamais appartenu à aucune obédience maçonnique) :


Le cliché du photographe tourquennois Albert Ephraïm, qui finira par installer son laboratoire sur Paris, montre l'ancien marché aux légumes face à ces Halles devenues Hippodrome entre 1912 et 1935 donc :

Carte Postale Ephraïm, Tourcoing Paris - Marché aux Légumes




Éléments historiques


Le très ancien Château seigneurial, dit château du Bally, se trouvait sur l'actuelle place de la Résistance. Il y était édifié sur une motte entourée d'eau (il s'agissait donc d'une motte castrale). Avec le développement de la ville, les fossés du château devinrent dangereux : des enfants s'y sont noyés. On rasa le tout et on assécha les lieux pour y bâtir ces Halles Centrales :
Alain Plateaux : « Parmi divers projets du siècle dernier [19è s.], la création de halles centrales fut envisagée, et il fut question de les implanter sur la Petite Place (actuelle place Roussel). Mais bientôt l'emplacement du château retint l'attention, et en 1868, le 20 février, le Conseil Municipal ratifiait ce choix en décidant de combler les anciens fossés. Un avant-projet fut fourni par Charles Maillard en 1875. » (Tourcoing 1771-1984, Architecture du Centre Ville, tome 1, 1984, page 78).

Ce n'est toutefois pas cet avant-projet de l'architecte local Charles Maillard qui fut retenu, mais celui de Louis Leblan (frère de Jules Leblan) : 
Alain Plateaux : « Un concours public fut ouvert et huit projet jugés les 30 et 31 octobre 1876. C'est Louis Le Blan qui emporta le concours et les travaux débutèrent en 1878. » (Ibid., p. 78).

L'historien Alain Plateaux nous décrit la composition architecturale de ces Halles Centrales, qui ne plurent pas aux tourquennois :
Alain Plateaux : « Ces Halles étaient un vaste édifice rectangulaire de 33,30 m de long sur 30 m de large (...). Les deux façades comportaient quatre polygônes e briques bicolores terminées par des pinacles en pierre sculptée et briques, de style néo-grec. Entre eux, des armatures métalliques en fonte moulée et fer composaient une haute nef de six travées reposant sur des colonnes en fonte à capiteaux ioniques, et deux appentis de même style. Les toits en pente douce étaient décalés et couverts en zinc. Des arceaux réunissaient les colonnes et trois vitrages composaient les façade, avec au centre, une vaste rosace polylobée comme celle d'une cathédrale. Ce vaste hall appliquait les principes de construction déjà utilisés par Baltrad à Paris notamment, mais aussi à la Gare du Nord de Hittorff (1864). Cet édifice très moderne pour son temps, ne plut pas aux utilisateurs, et l'on convertit le bâtiment en salle de spectacle, d'où son nom d'Hippodrome qu'il conserva jusqu'à sa démolition en 1935. » (Ibid., p. 78).


La façade arrière des Halles vues depuis la rue de Tournai, ci-dessous en 1906, le jour des Inventaires de l'Église après l'adoption en 1905 de la loi de séparation des Églises et de l'État (dite loi de la Laïcité) : on y remarque l'existence d'une ligne de Tramway électrique (rails sous les pas des chevaux et caténaire, alimentation électrique au-dessus de la foule) : 



Reconstitution d'un plan de l'époque par les Agences Pattou et Associés, Inha'rchitects, et Paysages : 
on y voit que certains noms de rues ont changé :





État du sous-sol à cet endroit

Rappelons que ce lieu fut anciennement une motte castrale (ou motte féodale, encore appelée poype), donc une petite butte de terre entourée de fossés remplis d'eau. Il s'agit d'une petite fortification souvent bâti au Moyen âge. Une motte castrale est l'ancêtre des châteaux forts en pierre qui apparurent à la fin du Moyen âge, au cours de la Renaissance du XIIè siècle. Rappelons encore que le Château du Balli de Tourcoing se situait là. Après l'avoir rasé, on découvrit l'état des sous-sol : très impropres à la construction urbaine et dangereusement meuble, jusqu'à menacer la stabilité de l'Église Saint-Christophe située juste à côté :
Alain Plateaux : « L'indicateur de Tourcoing [un journal local] relate, le 14 juillet [1878] : "Depuis quelques jours, les passants s'arrêtent au fossé du bailly pour y voir effectuer les travaux de pilotage rendus nécessaires par le mauvais état du terrain sur lequel doivent s'élever les Halles Centrales. Les fouilles ont fait découvrir d'anciens pilotis qui prouvent que de temps immémoriaux il a fallu avoir recours à ce moyen pour pouvoir bâtir sur ce terrain à base mouvante composé de glaise sablonneuse". Deux rapports de l'architecte nous renseignent sur ce sol. Les murs des anciens fossés étaient très épais et ancrés et avaient été refaits plusieurs fois. Sus le radier de ces douves il y avait deux mètres de vase et trois mètres cinquante de sables mouvants. L'argile compacte se trouvait sous ce niveau gorgé d'eau. Pour éviter tout accident et surtout la chute de l'église toute proche, on fera les fondations dans des caissons. Au cours de ces travaux délicats, la motte portant l'ancien château sera entièrement détruite. » (Tourcoing 1711-1984, Architecture du Centre Ville, tome 1, 1984, page 78).
Alain Plateaux : « Cet endroit fait de fossés a un sous-sol bien caractéristique, connu grâce aux sondages effectués en 1878 lors de la construction des halles devant remplacer le château démoli. Le radier des fossés [revêtement imperméable sous les fossés] existant encore se trouvait alors à environ trois mètres sous le niveau de la chaussée. Puis furent rencontrés deux mètres de vase, trois mètres cinquante de sables mouvants, reposant sur une argile compacte. Un autre sondage fait sur la Petite Place [l'actuelle place Charles et Albert Roussel] en 1834 a donné des résultats semblables. Lors des recherches dans l'église on a pu remarquer combien le sl était spongieux, humide. L'argile très mélangée de sables, était partout mouillée, l'eau étant présente à environ deux mètres cinquante sous les dalles. C'est un sol très impropre à la construction, ce qui semble paradoxal puisqu'une ville s'y trouve. » (Chroniques tourquennoises, tome 1, 1981, page 22).



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