Statue de Saint Christophe

Statue de Saint Christophe, Patrimoine Tourcoing
Statue de Saint Christophe se trouvant en entrée de la nef de l'église éponyme, Saint-Christophe, du centre ville de Tourcoing. 
Taillée dans la pierre polychrome de Lezennes, datant du XVIIè siècle, c'est la plus imposante des statues de l'église avec ses 2,30 mètres et 800 kg.

C'est donc ce saint qui donne à l'église son patronyme, Christophe, qui n'a pas toujours été celui-ci. Fait très rare, cette église est passée du patronyme Saint Vaast en premier lieu à Saint Vincent en second lieu, pour devenir enfin Saint Christophe en troisième lieu. 



Portrait, Histoire de Christophe

Avant de voir les photographies de l'oeuvre, je vous recommande de prendre un petit temps pour lire avec attention la légende de Christophe : ce qui vous aidera à bien mieux regarder la statue, à la voir vraiment... et s'il ne s'agissait pas d'une statue, mais d'un miroir ?... :

Christophe se décompose étymologiquement en Khristos (le Christ) et phorein (verbe grec = porter). Christophe signifie donc porteur de Christ. Avant de devenir ce saint, il passe pour avoir été un Réprouvé, une personne rejetée : il était appelé Réprouvé. Il était grand et puissant, d'allure terrible et imposante. Des représentations très anciennes lui donnaient même une tête de chien (un personnage cynocéphale donc). 

Sa légende raconte que, rejeté, il aurait alors décidé de se mettre au service du Prince le plus fort, de manière tout à fait opportuniste. Le voilà alors qui passe de l'un à l'autre de ce prince-ci à celui-là quand il constate qu'un autre est plus fort que le premier, etc., jusqu'à finalement rencontrer le Diable en personne pour se mettre donc à son service puisque c'était le plus puissant de tous. Mais quand il constata que ce Diable avait peur de la Croix, alors il décida de changer de Prince à nouveau pour donc se mettre au service de la Croix et du Christ qui lui était associé. 

Un ermite lui expliqua que pour le trouver, il devait se poster devant le fleuve tumultueux pour aider les gens, les voyageurs, qui entreprendraient de le traverser. Réprouvé accepta et construisit sa maison à côté de ce fleuve tumultueux. C'est alors qu'il utilise une perche, son bâton, pour se faciliter les traversées du fleuve dangereux quand il tire les voyageurs traversant l'eau. 

Un jour, voilà qu'il entend la petite voix d'un enfant l'appelant depuis l'autre rive. Il le rejoint, le prend sur son épaule et entreprend sa traversée inverse, armé de son bâton pour mieux prendre appui. Tout devait être plus facile que d'habitude puisque l'enfant est tout petit et léger. Mais voici qu'au fur et à mesure de la traversée, le poids de l'enfant devient de plus en plus lourd, jusqu'à devenir quasiment insupportable, en même temps que le fleuve devient de plus en plus tumultueux. Il parvient cependant, avec grandes difficultés, à rejoindre la rive opposée. C'est alors que l'enfant lui confie qu'il est le Christ. Pour que Réprouvé le croie, l'enfant Jésus lui demande de planter son bâton devant sa maison : tu verras qu'il prendra vie et portera d'abord des fleurs, puis présentera des fruits et tu croiras que je suis bien le Christ. Par la suite, Réprouvé devenu Christophe accomplira un travail de conversion des hommes. Sur son nouveau chemin, il rencontre à nouveau un Prince qui l'enjoint d'abondonner son Christ pour se mettre au service de son "faux" dieu à lui. Christophe refuse : il est emprisonné, torturé, puis décapité.

On pourra interpréter que Réprouvé est chacun d'entre nous (rappel de l'exclusion, rejet, du Paradis originel), que le fleuve dangereux est la vie elle-même, tumultueuse, que nous devons donc aider nos semblables pendant sa traversée, que ce travail difficile nous semblera de plus en plus pesant, mais qu'il faudra tenir bon, pour posséder nous aussi notre bâton de vie, sans pour autant que tout s'éclaire durant notre propre vie puisque ce sont emprisonnements, tortures puis décapitation qui mettent le point final à la vie de Christophe...

Maintenant, je pense que vous regarderez la statue de Christophe autrement.



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Cliquez sur les photos pour les voir en diaporama plein écran.
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Narthex, Avant-Nef

Passé le narthex (nom de la première partie des églises médiévales), 
le colosse Christophe accueille les fidèles en amorce gauche de la nef :

Christophe et Nef Église St Christophe, Tourcoing 2019


Voici ce narthex (appelé aussi vestibule, avant-nef ou antéglise) et son portail doublé d'un sas vitré : Saint Christophe se trouve donc juste avant les sièges de la nef. Derrière les quelques bougies allumées à droite, se trouve Sainte Rita (voir notre article détaillé) :

Narthex église Saint Christophe, Tourcoing 2020


Vue sur le collatéral Nord, avec son confessionnal néo-gothique ; en poursuivant tout droit la direction de notre regard ci-dessous, on pointe le Nord et Nieuport en Belgique, où l'Yser se jette dans la mer du Nord, à 57 km de là (en ligne droite) : en effet, l'implantation de l'église ne respecte pas strictement les axes Nord Sud / Est Ouest, mais est pivotée 20° nord-est environ : 

Statue de Saint Christophe, Tourcoing 2019



Cliché depuis le collatéral Nord vers le collatéral Sud : Christophe et Rita en premier plan :

Rita et Christophe, église St Christophe, Tourcoing 2019

Avant d'avoir été placée là, la statue a voyagé au sein de l'église, l'historien Alain Plateaux, dans le tome 1 des Chroniques tourquennoises, intégralement consacré à l'église Saint-Christophe, son histoire, sa description architecturale, les fouilles qui y furent menées, etc., nous précise que : 
« Autrefois placée dans le transept Sud (...). Placé en 1865 sous l'orgue sur une console haut perchée, ce colosse de 800 kg fut descendu en 1960 pour être placé au porche principal sur un socle formé d'un segement de tronc d'arbre. » (page 127).

En arrière-plan ci-dessous, le petit espace de prière face à Notre-Dame de la Treille, dans sa niche murale à fond rouge et, à droite de Christophe, le transept occupé ici par la crèche de Noël 2019 :

Patrimoine de Tourcoing - Statue Saint Christophe


Voici notre plan de l'église et l'emplacement précis de la statue :





Gros plans sur les visages

Dans l'ouvrage cité plus haut, Alain Plateaux indique encore que : 
« Cette grande statue, un peu lourde dans le détail, révèle cependant une énergique figure du saint, de même qu'un charmant Enfant Jésus, très flamand. » (page 6).
« Le détail des figures de cette statue montre l'énergie et la force que le sculpteur a su imprimer à la tête de Christophe et toute la saveur du petit Jésus bien flamand. » (page 127).


D'une main ferme, Christophe tient l'Enfant Jésus qui s'agrippe en outre à une mèche des cheveux du saint :






Le bâton de Christophe

Voici donc le fameux bâton, la perche de Christophe, qu'il utilisait pour aider les voyageurs à traverser le fleuve tumultueux :

Bâton de Saint-Christophe, Tourcoing 2020


Bien que l'oeuvre soit taillée dans la pierre de Lezennes polychrome, Alain Plateaux nous précise que :
« ... elle a un avant-bras et le bâton sculptés dans le bois. Sans doute est-ce là une restauration» (ibid., page 127).


En effet, ce point de vue montre qu'il s'est passé quelque chose au niveau du bras gauche :





Pierre de Lezennes

Gros plan sur le socle de la statue, où sa pierre apparaît à nu, non peinte, et où l'on voit pourquoi elle est dite polychrome : en raison de ses multiples teintes apparentes, balayant la palette des bleus gris cyan turquoises :

Pierre de Lezennes, Saint Christophe, Tourcoing 2020

La pierre des carrières de Lezennes, située à 10m sous terre, est extraite depuis le Moyen âge et à servi notamment aux constructions des nombreuses églises des hauts-de-France, et de la Citadelle de Lille. Les carrières de Lezennes constituent le principal réseau souterrain de pierres de taille de France.